Quand la mémoire se trompe en groupe
Le nom vient de personnes qui « se souvenaient » de la mort de Nelson Mandela en prison, dans les années 1980, alors qu'il a été libéré et est devenu président. Ce qui est curieux, ce n'est pas qu'une personne se trompe, mais que beaucoup de gens se trompent de la même façon.
À lire aussi : Signification des rêves ; Amnésie infantile.
Ce que l'étude a testé
Des chercheurs de l'Université de Chicago ont testé des images connues, comme des personnages et des logos, et ont demandé aux participants de choisir la bonne version parmi des options proches. Pour certaines images, la majorité a choisi la même mauvaise version, avec une grande confiance. Les auteurs ont appelé cela l'effet Mandela visuel.
Source : Prasad et Bainbridge, The Visual Mandela Effect, Psychological Science, 2022.
Pourquoi cela arrive
L'étude n'a pas trouvé d'explication unique. L'erreur ne dépendait pas du nombre de fois où la personne voyait l'image au quotidien, et ne suivait pas toujours la forme « la plus courante » de ce type de figure. L'hypothèse des auteurs est que certaines images ont des détails que le cerveau tend à compléter de la même façon chez des personnes différentes.
La mémoire ne fonctionne pas comme un enregistrement. Elle reconstruit le souvenir à chaque fois, et dans cette reconstruction entrent des attentes et des schémas. Voir aussi ce que la science sait du déjà-vu.
Voir aussi : Chanson coincée dans la tête ; Déjà-vu : explication.
Un mot change le souvenir
En 1974, les psychologues Elizabeth Loftus et John Palmer ont montré à des étudiants des vidéos d'accidents de voiture. Ils leur ont ensuite demandé à quelle vitesse roulaient les voitures quand elles se sont percutées. Pour certains, le verbe était doux, comme « heurter » ; pour d'autres, il était fort, comme « emboutir » ou « fracasser ». Ceux qui ont entendu le verbe fort ont estimé des vitesses plus élevées.
Une semaine plus tard, les chercheurs ont demandé si quelqu'un avait vu du verre brisé. Il n'y avait pas de verre brisé dans la vidéo, mais ceux qui avaient entendu le verbe fort ont répondu oui plus souvent. Ce détail montre que la mémoire n'est pas un enregistrement : elle est reconstruite chaque fois que nous nous souvenons, et des informations arrivées après coup peuvent se mêler à ce qui a été vu.
Se souvenir de ce qui n'est jamais apparu
Une autre expérience classique, de 1995, aide à comprendre pourquoi beaucoup de gens se trompent de la même façon. Les participants entendaient des listes de mots liés à un thème, comme lit, repos, fatigué et rêve, mais le mot central, sommeil, n'était jamais prononcé. Au moment de se souvenir, beaucoup ajoutaient sommeil à la liste, et avec beaucoup de confiance.
Le cerveau garde le sens général et remplit le reste avec ce qui est le plus attendu. Dans l'effet Mandela, il se passe quelque chose de semblable : tous comblent la lacune avec la version qui semble la plus naturelle, et c'est pourquoi l'erreur est identique chez des personnes différentes. Le même mécanisme aide à comprendre pourquoi certains rêves semblent se réaliser.
Source : Roediger et McDermott, Creating false memories, Journal of Experimental Psychology, 1995.
Ce que cela enseigne
Être sûr d'un souvenir ne garantit pas qu'il soit exact. Pour les décisions importantes, il vaut mieux vérifier des documents plutôt que de se fier à la seule mémoire, la vôtre ou celle de plusieurs personnes.
À lire aussi : Envie de serrer ce qui est mignon ; Frissons et musique.
Sources
- Prasad D, Bainbridge WA. The Visual Mandela Effect as Evidence for Shared and Specific False Memories Across People. Psychological Science, 2022. https://doi.org/10.1177/09567976221108944
- Loftus EF, Palmer JC. Reconstruction of automobile destruction: An example of the interaction between language and memory. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 1974. https://doi.org/10.1016/S0022-5371(74)80011-3
- Roediger HL, McDermott KB. Creating false memories: Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 1995. https://doi.org/10.1037/0278-7393.21.4.803
Questions fréquentes
L'effet Mandela est-il réel ?
L'erreur partagée est réelle et a été mesurée en laboratoire. Rien n'indique des explications fantastiques ; c'est un phénomène de mémoire.
Pourquoi plusieurs personnes se trompent-elles de la même façon ?
L'étude suggère que certaines images amènent le cerveau à compléter les détails de la même manière, mais la cause exacte n'est pas encore claire.
Peut-on l'éviter ?
Pas totalement. Vérifier des documents et des sources est la meilleure protection contre les faux souvenirs.
Un faux souvenir peut-il paraître vrai ?
Oui. Dans des expériences classiques, des personnes se sont souvenues avec confiance de mots et de détails qui n'avaient jamais été présentés, parce que le cerveau reconstruit le souvenir à partir de ce qui est le plus attendu.